RDC :10 Questions à Armand Mavinga Tsafunenga, Président de 3C-RDC ! Par Freddy Mulongo

LE LEADER ARMAND MAVINGA Tsafunenga

Publie le 13 septembre 2017

 jeudi 7 septembre 2017 à 16:12 :: Radio Réveil FM International :: #6173 :: rss

 

Armand Mavinga Tsafunenga

Avant de répondre à vos 10 questions, je voudrai vous remercier pour l’interview que vous avez décidé de m’accorder ce jour de mardi 5 septembre 2017. Si je ne m’abuse, c’était le vendredi 13 février 2009 que vous m’aviez accordé la première interview sous forme de 10 questions. C’est dire que la tradition d’interview en 10 questions que vous avez créée a fait un bonhomme de chemin remarquable. La preuve est que vous avez interviewé à ce jour beaucoup de personnalités notamment engagées dans le combat pour le vrai changement dans notre pays. C’est ainsi que je me fais le devoir de vous féliciter pour cette tradition journalistique réussie. Tradition que je pourrai appeler « déca-interview » de Freddy Mulongo. Et votre interview tombe bien à propos, car nous allons publier incessamment mon ouvrage intitulé « Les 20 engagements pour une transition démocratique et pacifique exceptionnelle en République Démocratique du Congo » dans le cadre de la Coalition pour le Changement en République Démocratique du Congo (3C-RDC) dont le Mouvement pour la Paix et le Développement du Congo (MPDC) assure la présidence.  Pour rappel, Armand Mavinga Tsafunenga est Président de 3C-RDC, Président National du MPDC, chercheur, enseignant, écrivain poète, lexicologue, Ambassadeur de paix, ancien expert des organisations internationales dont l’UNESCO. Permettez-moi de saisir cette occasion pour rendre une fois de plus un vibrant hommage à nos frères et combattants de la liberté Anicet Mobe Fansiama et Jean Kalama Ilunga qui viennent de nous quitter cette année en France. Mr Freddy Mulongo, je peux maintenant répondre à vos questions.

 

Anicet Mobe Fansiama, décédé

 

Jean Kalama Ilunga, Grand Résistant décédé

  1. Réveil FM International: Déjà dans une interview que vous avez accordée en 2012, vous parliez d'une transition sans Alias Joseph Kabila kanambe Kazembere Mtwale, que la proposition fasse son chemin dans la diaspora, vous vous dites être un visionnaire ? Que doit-on faire pour réussir cette transition sans Alias ?

Armand Mavinga: Je voudrai souligner d’emblée que ma vision d’une transition exceptionnelle sans Monsieur Joseph Kabila fait son chemin non seulement dans la diaspora, mais aussi au pays. Dès 2004, le Mouvement pour la Paix et le Développement du Congo (MPDC) avait publié son premier programme triennal d’urgence dans la perspective d’une transition future. Diriger c’est savoir anticiper, c’est savoir lire les signes des temps. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que je suis un visionnaire reconnu dans les milieux congolais, comme dans certains milieux africains. Déjà en 2003, j’ai lancé ma vision de bâtir une nouvelle et vraie République Démocratique du Congo qui sera le Grand Congo du XXIème siècle, Siècle de la Justice, dans le cadre du MPDC. Vision bâtie autour de 17 Grands Chantiers de Construction Nationale (GCCN). Quelques éléments de cette vision sont donnés dans mon ouvrage intitulé « A la recherche d’un modèle de développement culturellement durable. Pour bâtir une nouvelle et vraie République Démocratique du Congo » (Paris, Pyramide Papyrus Presse, 2007). Dans la Déclaration de Cologne du 1 juin 2013, des Congolais de toutes tendances ont reconnu que, pour que notre pays sorte définitivement de sa longue crise multiforme, le Peuple Congolais devait se mettre derrière un leader ayant une grande vision pour son pays et ce leader c’est papa Armand Mavinga Tsafunenga avec sa vision du Grand Congo du XXIème siècle.

 

Je vous remercie de faire allusion à l’interview de 2012 où j’ai parlé de manière pertinente d’une transition exceptionnelle sans Mr Joseph Kabila frappé d’illégitimité suite à son élection frauduleuse et calamiteuse de 2011. Beaucoup de personnes étaient persuadées que j’allais être candidat à l’élection présidentielle de 2011 avec leur appui. Mais je leur avais dit que je ne serai pas candidat à ces mauvaises élections en dépit de leur promesse de soutien financier. En juillet 2011, j’ai rencontré des amis de l’UDPS à Paris et leur ai dit que l’icône Etienne Tshisekedi avait l’ambition d’être Président de la République, mais qu’il n’en avait pas la vocation. J’ai ajouté qu’il n’y a pas de succès sans successeur, car si notre grand opposant avait préparé un successeur, c’est son successeur qui devait être candidat à l’élection présidentielle de 2011 pour la victoire. C’est parce que j’étais persuadé que quelle que soit l’issue de l’élection, l’opposant emblématique Etienne Tshisekedi ne sera pas Président.

 

Quand l’UDPS a proclamé la mobilisation pour la vérité des urnes dès le début de 2012, le Mouvement pour la Paix et le Développement du Congo (MPDC) et par la suite la Coalition pour le Changement en République Démocratique du Congo (3C-RDC) ont exigé la mise en place d’une transition exceptionnelle sans Mr Joseph Kabila, parce qu’ils étaient convaincus qu’il n’y aura jamais de vérité des urnes trouées, brûlées et altérées. Les faits leur ont donné totalement raison. Les responsables de l’UDPS ont contredit le MPDC et la 3C-RDC en disant fermement qu’il n’y aura pas de transition dans notre pays, mais bien l’élection présidentielle en 2016. Dès le début 2013, les 20 engagements de 3C-RDC pour une transition exceptionnelle ont été bien formulés. Comme je le dis toujours, diriger c’est savoir anticiper.

En janvier 2016, en dépit de résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la 3C-RDCa clairement souligné qu’il n’y aura pas d’élection présidentielle en 2016, voire même en 2017 et seule une transition exceptionnelle sans Mr Joseph Kabila était la vraie solution. Ce dernier étant devenu lui-même une des pièces maîtresses de la grave crise congolaise. Les faits nous donnent totalement raison aujourd’hui. Un visionnaire est une personne qui sait anticiper et lire des signes des temps. Souvent un visionnaire a aussi un sens prophétique. Je suis aussi un écrivain poète. Distingué Aimé Césaire disait que le poète est une sorte de prophète à qui il appartient de diriger l’humanité. Il n’avait pas tort. Dans mon premier recueil écrit à l’âge de 20 ans, j’avais annoncé « Bientôt le plus grand des deuils » en 1976 (cfr Armand Mavinga Tsafunenga, Narcotiques et Illusion, Paris, Pyramide Papyrus Presse, 2010).

L’holocauste congolais est là aujourd’hui avec plus de 8.000.000 de morts. Un grand visionnaire est un missionnaire politique et non un fonctionnaire politique qui s’éternise inutilement au pouvoir. Une grande vision doit être accompagnée d’une mission. Ma vision est de bâtir le Grand Congo du XXIème siècle. Il s’agit d’une vision d’une vraie Renaissance du Grand Congo. Ma mission est d’être une solide charnière entre l’ancien Congo qui se termine avec Joseph Kabila et le nouveau Congo qui débute bientôt sous ma présidence. Ma mission est donc de jeter les bases du Grand Congo du XXIème que la jeunesse et les générations futures continueront de bâtir. Il est important de souligner que je ne fais pas la politique par rapport à Joseph Kabila. C’est depuis le 11 juillet 1991 à 13h00 que je me suis engagé pour mon peuple et mon beau pays. L’ancien Congo n’a pas commencé avec Joseph Kabila, mais doit se terminer avec lui, car son régime représente le point culminant de descente en enfer de notre peuple et de notre magnifique pays en tant qu’héritage de Dieu.

 

Aujourd’hui, les différentes forces congolaises de la diaspora et du pays rejoignent notre vision d’une transition exceptionnelle sans Mr Joseph Kabila, y compris l’UDPS et le Rassemblement des forces acquises au changement. En janvier 2015, le Peuple Congolais a aussi manifesté pour réclamer cette transition quand il demandait le départ du pouvoir de Mr Joseph Kabila. Aujourd’hui, nous avons deux grandes visions, à savoir le bateau Titanic du glissement de Joseph Kabila et le bateau de Noé d’Armand Mavinga Tsafunenga ou le bateau de la justice. La justice sera la valeur clé qui nous lie tous. Tout processus politique, qui ignore la volonté clairement exprimée du Peuple Congolais pour le départ du pouvoir de Joseph Kabila, est un processus injuste, humiliant et antidémocratique. Tout processus politique qui ignore la dimension globale de la crise congolaise multiforme est un processus injuste, inadapté, déséquilibré et inefficace qui est voué à l’échec. Il est dangereux de réduire la crise congolaise en une crise électorale. Il s’agit avant tout d’un génocide économique et financier.

Maintenant que doit-on faire pour réussir cette transition ? Mon livre sur les 20 engagements qui sort bientôt répond à cette question. Il faut d’abord que la vision de la transition corresponde aux aspirations profondes du Peuple Congolais relégué au rang des peuples les plus pauvres et humiliés de l’humanité. Le peuple veut un changement profond. Il ne s’agit pas d’une transition de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) ni de Sun City. Il ne s’agit pas non plus de la transition de la Cité de l’OUA ni de la Saint Sylvestre pour le partage des postes et la préparation des mauvaises élections. Mais il s’agit d’une transition exceptionnelle qui vient mettre un pont solide entre l’ancien Congo qui se termine avec Joseph Kabila et le nouveau Congo qui commence sous l’impulsion du MPDC et de 3C-RDC.

C’est ainsi que je le souligne depuis longtemps que j’entends être une solide charnière entre l’ancien Congo qui se termine avec Joseph Kabila et le nouveau Congo qui débute bientôt sous ma présidence. Il faudra mettre fin au tennis politique injuste, inefficace et inadapté en vigueur dans notre pays depuis le 24 avril 1990. Une transition exceptionnelle s’impose pour la mise en place d’une vraie démocratie du « Muntu ». Cette transition devra jeter les bases du Grand Congo du XXIème siècle attendu dans le concert mondial des nations libres, démocratiques et prospères. Il est important de souligner que la démocratie du Muntu est avant tout une approche spirituelle qui n’est pas liée à une forme physique. Le « Muntu » est l’être humain par excellence dans notre culture. Dans « Muntu », il y a « Ntu » qui signifie la tête dans nos langues comme le Kikongo. La tête appelle donc le génie de l’être humain, le génie de notre peuple. Grosso modo, il nous faut donc une mobilisation populaire inédite autour de notre vision d’une transition exceptionnelle sans Mr Joseph Kabila.

2. Réveil FM International Cela fait 16 ans qu'Alias Joseph Kabila Kanambe Kazembere Mtwale règne par défi sur le trône du Congo, est-il un homme seul ? Comment arrive-t- il à enfariner le peuple congolais avec ses Mobutistes qui se sont mués en Joséphistes ?

Armand Mavinga: Mr Joseph Kabila ne règne pas seul sur le trône du Congo, car il a des alliés au niveau national, régional et international. Beaucoup de personnalités que vous avez interviewées ont déjà souligné l’ambiguïté de son règne. Globalement, la classe politique congolaise actuelle a trahi les intérêts de son peuple et de son pays. Notre pays est resté bloqué au XXème siècle.

 

En effet, notre pays est piégé dans un tennis politique injuste, déséquilibré, inefficace et inadapté en vigueur depuis le 24 avril 1990. Ce tennis politique est bien nourri par les mobutistes dans la mesure où il a été monté avec la ruse du Président Mobutu et de sa garde rapprochée. Ce sont ces mobutistes qui sont encore à côté de Joseph Kabila. En fait, le joséphisme est venu se greffer sur le mobutisme pour avoir plus de substance. Joseph Kabila est ainsi devenu un grand joueur de ce tennis politique inadapté à l’identité profonde du Muntu. Les mobutistes sont donc dans la continuité de leur système qui a été renforcé en mal par les joséphistes.

 

Le lancement du processus démocratique le 24 avril 1990 a été vite piégé par l’émergence d’un tennis politique inadapté, injuste et déséquilibré. Un tennis politique insalubre qui a conduit à des dialogues injustes et à des transitions successives qui finissent toujours par des partages des postes au détriment des intérêts du Peuple Congolais et du pays. Et la République Démocratique du Congo est restée piégée dans ce tennis politique jusqu’à ce jour. Ce tennis politique a produit un système politique hideux. Pour ne citer que quelques unes de ses conséquences, il y a lieu d’indiquer ce qui suit :

 

- Le tennis politique a conduit au dédoublement des partis et des plateformes politiques. Dédoublement parfois appelé « aile » portant le nom de leaders démissionnaires ou sécessionnistes. L’histoire est riche des ailes UDPS, des foisonnements des plateformes politiques dont plusieurs sont créées pour permettre aux dictateurs d’être toujours les maîtres de jeux d’une fausse démocratie. Ce tennis permet au dictateur de créer lui-même plusieurs plateformes de l’opposition complaisante qu’il va tenir comme une vraie opposition et s’en référer régulièrement.

 

- Le tennis politique conduit à un système politique égoïste des individus au détriment des institutions et du peuple congolais. Les acteurs sont pris au piège d’agir pour leurs intérêts vitaux. Ainsi émerge souvent l’approche de gestion clientéliste, corporative, tribale, voire parfois familiale des institutions. La corruption devient la règle principale de jeu. Faire de la politique devient un simple métier pour nourrir sa famille et ses proches. Ce n’est plus la mise en œuvre d’une vision pour le pays et son peuple.

- Le tennis politique a conduit à l’émergence d’une pépinière scandaleuse de délinquants et prostitués politiques, acteurs clés d’un système politique qui ignore les intérêts du Peuple Congolais et de la République Démocratique du Congo. Ces délinquants et prostitués politiques, faux hommes politiques et opposants par essence, sont devenus des solides appuis ou des colonnes inestimables de dictateurs en République Démocratique du Congo. La trahison devient une habile et facile coutume. L’histoire sera écrite sur la stratégie savante et barbare de la corruption du régime Joseph Kabila. La corruption est une religion du tennis politique injuste et inadapté en vigueur en République Démocratique du Congo. La violence est un esprit de ce faux jeu de tennis politique.

 

3. Réveil FM International: En France la politique de ping-pong droite-gauche à montrer ses limites avec l'élection d'Emmanuel Macron comme Président de la République. En RDC, n'avons-nous-t-il pas besoin d'une alternative politique plutôt qu'une alternance c'est-à- dire la continuité d'un régime?

Armand Mavinga: Dans la perspective de l’organisation de l’élection présidentielle en 2006 dans notre pays, une autorité étrangère a voulu savoir si j’étais de gauche ou de droite. Ma réponse était déjà claire à cette époque : l’Afrique n’est ni de gauche ni de droite, car cette rationalité de l’opposition n’est pas africaine. J’ai ajouté que cette dichotomie ou opposition gauche – droite finira par s’essouffler face aux nouveaux enjeux du développement mondial. Le monde continuera à vivre la faillite grandissante de certaines idéologies. Depuis le 24 avril 1990, nous avons voulu imiter servilement certains modèles qui nous ont amenés dans des dérives que nous déplorons jusqu’à ce jour. La matérialité de la pensée de l’opposition doit être en phase avec l’identité profonde d’un peuple. La pensée occidentale de l’opposition n’a pas les mêmes bases que nous. C’est ainsi que notre système démocratique peut devenir vite un système barbare, injuste, déséquilibré et dictatorial, s’il n’est pas fondé sur de bonnes bases.

 

C’est ce qui justifie notre engagement pour une vraie démocratie du Muntu. Sans le vouloir, le besoin pressant de mettre fin au tennis politique injuste, déséquilibré, inefficace et inadapté en vigueur dans notre pays revient toujours. Dans le cadre de ce tennis, l’alternance est un effort inutile.

 

Dans le contexte actuel d’une grave crise globale accentuée par le génocide économique et financier, la République Démocratique du Congo n’a pas besoin d’une folklorique alternance ou de la continuité du mal, mais d’une rupture profonde. Il nous faut un donc un changement profond de notre société. Comme je l’ai toujours souligné, dans une belle et bonne démocratie, la rupture totale avec un Etat du mal est une magnifique continuité de l’Etat.

4. Réveil-FM International: La classe politique congolaise est médiocre, mangeriste et ventriote. L'appétence du lucre, de la mangeoire a fortement discrédité les politicailleurs. Quoi faire pour que les politicards retrouvent la dignité auprès du peuple congolais floué ? 

Armand Mavinga: Il nous faut d’abord une véritable révolution culturelle et démocratique permettant de repenser totalement la nature et le fonctionnement de toutes les institutions politiques et sociales, y compris des partis politiques. Comme je l’ai souligné plus haut, il faut mettre définitivement fin au tennis politique injuste, déséquilibré, inefficace et inadapté en vigueur depuis le 24 avril 1990. Le Peuple Congolais veut un changement profond de toute sa société. Ce qui implique des réformes profondes et l’émergence d’une nouvelle classe politique face aux grands enjeux du XXIème et aux leçons tirées des cercles vicieux dans lesquels se trouve bloqué notre pays depuis des décennies. Les acteurs politiques congolais sont globalement devenus des monstres pour la population. Nous allons tous apprendre à faire désormais la politique autrement au Congo dans le cadre de l’émergence de la démocratie du Muntu. Un de nos engagements forts est le développement de cette démocratie qui nous permettra d’être au cœur du nouvel humanisme au IIIème millénaire, car le Grand Congo a une mission prophétique. Le génie congolais et la sacralité congolaise seront introduits dans notre Constitution. La révolution culturelle et démocratique nous permettra d’être un peuple digne, respecté, respectable, écouté et à l’écoute du monde. Cette révolution globalement culturelle est faite de révolutions particulières, à savoir : la révolution démocratique, la révolution sécuritaire, la révolution agricole et foncière ou la révolution verte, et la révolution scientifique, technologique et industrielle.

Il faut impérativement briser le système politique qui a produit tous ces fonctionnaires, délinquants, pilleurs et prostitués politiques, en commençant par briser le tennis politique. Il nous faut un système politique où une prétendue majorité, une dite opposition et des partis politiques ne prendront plus en otage le destin du Peuple Congolais et de notre beau pays appelé à être une grande nation à l’avant-plan des enjeux de l’Afrique et du monde. Il faudra éviter la guerre des idéologies qui mettent en péril notre destin commun.

5. Réveil FM International: Dans un pays où le délestage est un sport national où l'électricité est rarissime, Corneille Naanga, le président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a l'outrecuidance de présenter des machines et déclarer que l'élection sera électronique, s'agit-il de l'escroquerie ou de la folie ? Au Kenya, des juges viennent  d'annuler l'élection présidentielle et d'interdire le vote électronique...

Armand Mavinga: Quand nous importons des technologies, nous importons aussi tous les problèmes liés à ces technologies. Les technologies ne sont pas neutres. Il faut leur créer leurs conditions de base et savoir les intégrer. L’organisation des élections dans notre pays ne peut pas échapper à la dimension de la crise sociale, technique, économique et humaine. La crise énergétique est un problème majeur de développement de notre pays. Et de bonnes élections ne peuvent être organisées que dans le cadre d’une vision globale de développement de notre pays, incluant la solution de la crise énergétique et des transports et la sécurité des biens et des personnes.

 

Quand la sécurité des personnes et des biens n’est pas bien assurée, qui pourra nous assurer de la sécurité des matériels de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) ? En plus, cette CENI fonctionne comme une Commission Electorale Nationale Dépendante (CEND) du pouvoir en place. Ainsi, les machines électorales sont aujourd’hui des machines électorales du pouvoir. Qui pourra analyser à temps et à contretemps le langage de la tricheriede ces machines ?

Le vote électronique est un vote idéal pour la rapidité des résultats. Même dans de grandes nations, il y a eu parfois des problèmes techniques. Mais la République Démocratique du Congo, qui a connu des élections catastrophiques et criminelles en 2006 et 2011, est loin de réunir des conditions appropriées pour l’organisation du vote électronique. Évoquer aujourd’hui le vote électronique est une façon d’annoncer un processus de nomination par Mr Joseph Kabila de son successeur, de ses députés, de ses sénateurs et de ses représentants provinciaux.

 

Une transition exceptionnelle s’impose pour mettre le pays sur les rails des Etats de droit modernes afin que nous soyons capables d’organiser de bonnes élections dans le cadre de la vraie démocratie du Muntu. Quand une société est en profonde crise, les machines aussi sont en profonde crise, car elles ne sont pas neutres. Quand une classe politique est totalement corrompue, les machines aussi sont corrompues. Les machines utilisent le langage de leurs responsables. Si les dirigeants de la CENI ou de la CEND sont corrompus, toutes leurs machines sont aussi corrompues.

 

La leçon du Kenya où l’élection présidentielle est annulée doit nous interpeller. Nous mettons en garde le pouvoir et la CENI, et leur disons de ne pas blaguer avec le feu. Les prochaines élections, si elles sont tripatouillées comme cela se précise, conduiront à des conflits civils d’une ampleur inattendue qui emporteront tout le monde. Nous pouvons aussi nous poser des questions. Qu’est-ce qui est plus urgent entre arrêter un génocide avant d’organiser les élections et organiser de mauvaises élections pour perpétuer le génocide congolais. La réponse est claire : il est d’abord urgent d’arrêter le génocide congolais avant d’organiser de bonnes élections. Quel genre d’élections voulons-nous organiser quand une population de plus de 4.000.000 de personnes est déplacée et abandonnée à son propre sort. Qu’on nous dise c’est quel genre d’élections quand une population égale ou supérieure à celle du Congo Brazzaville est déplacée et abandonnée ?

6. Réveil FM International: La révolution pardon prônée par M'zée Laurent-Désiré Kabila a contribué l'impunité car les Mobutistes n'ont jamais répondu de leurs crimes économiques, sociaux et politiques. Le régime dictatorial et sanguinaire d'Alias Joseph  fait du Mobutu sans Mobutu...l'impunité, la corruption et le pillage font-ils partie de l'ADN de chaque régime qui s'installe au Congo-Kinshasa ? Comment y remédier ?

Armand Mavinga: La justice sera une des valeurs fondamentales du Grand Congo du XXIème siècle, car c’est la justice qui élève une nation et affermit le pouvoir. Le Mouvement pour la Paix et le Développement du Congo (MPDC) est un mouvement qui a la meilleure vision de la justice et de la réconciliation nationale dans notre pays. Comme j’aime toujours le souligner dans mes ouvrages, la réconciliation ne précède jamais la justice, car elle est un acte et une recherche de la justice. La réconciliation nationale n’est pas une messe publique des faux pardons et des pardons hypocrites. Sans la justice, l’amnistie et la réconciliation sont des actes inutiles et inefficaces. C’est la justice qui donne la force et la valeur à la réconciliation et à l’amnistie.

 

L’impunité et la corruption sont deux fléaux qui conduisent à la déliquescence de l’Etat, voire à son démantèlement. Le pillage est largement favorisé là où règnent l’impunité et la corruption. Il est clair que l’impunité et la corruption sont deux virus dangereux contre la paix, la prospérité, la sécurité et la cohésion sociale.

Seule une forte vision de la justice permettra de remédier à la situation d’impunité, de corruption et de pillage. Un juste équilibre sera trouvé dans le cadre d’une justice transitionnelle devant aboutir à la réconciliation nationale. Une des actions fortes de la transition exceptionnelle est l’audit par des cabinets outillés du fonctionnement de toutes les institutions du pays, y compris de toutes les entreprises publiques. Ce travail d’audit aura un suivi pour la justice et l’éthique en politique.

Il nous faut un travail en profondeur, tel qu’initié par le MPDC, pour permettre au Peuple Congolais de se réconcilier avec Dieu, avec lui-même, avec ses ancêtres, avec son sol, son sous-sol et tout son espace, et avec ses voisins et les peuples du monde.

7. Réveil FM International: Les congolais vivent une misère cauchemardesque alors que la RDC n'est pas un pays pauvre pendant ce temps, Alias Joseph Kabila et ses apparatchiks sont des milliardaires...

Armand Mavinga: Un des engagements forts de la transition exceptionnelle est de mettre en place une politique économique et financière qui permet de résoudre définitivement le paradoxe d’un pays potentiellement très riche et dont les habitants sont parmi les plus pauvres de l’humanité. Un combat sans merci doit être mené contre la corruption, le vol et le pillage du patrimoine de l’Etat. Une lutte de longue haleine et de grande diplomatie sera menée pour récupérer le patrimoine volé et pillé de l’Etat. La politique économique sera fondée sur la création des richesses et la politique sociale sur la justice distributive. Tous les Congolais, sans exception, devront profiter des richesses de leur pays. Un équilibre sera trouvé entre nos intérêts et les intérêts des investisseurs intéressés par nos ressources naturelles.

 

8. Réveil FM International: Quelle est le votre vision de la République démocratique du Congo ?  Quelles sont d'après vous les priorités pour son  redressement et développement, avec quels types d'hommes et femmes ?

Armand Mavinga: Cette question est une grande question à laquelle je réponds par des ouvrages publiés ou en voie d’être publiés. Les 20 engagements pour une transition exceptionnelle font aussi partie de la vision pour le présent et l’avenir. Comme je souligne toujours, si ton projet porte sur un an, plante du riz ; s’il porte sur 10 ans, plante un arbre ; s’il porte sur 100 ans, éduque les hommes. Notre crise étant globale et profonde, il faut investir dans trois secteurs clés : l’éducation, la culture et la recherche.

La vision du MPDC et de 3C-RDC est de bâtir une nouvelle vraie République Démocratique du Congo qui sera le Grand Congo du XXIème siècle. Notre crise date de plusieurs siècles et nous ne pourrions pas nous en sortir efficacement dans le court terme, d’où notre vision sur tout un siècle. Il faut donc un travail sans cesse suivi et soutenu entre les différentes générations. L’instauration de la démocratie du Muntu vise fondamentalement la restauration de l’être Congolais pour qu’il redevienne véritablement un muntu, un génie attendu par tous. La Renaissance du Grand Congo se fera autour de la vision d’une vraie révolution globale et fondamentalement culturelle. Les axes de cette révolution éclairent les priorités, à savoir :

- La révolution culturelle ;

- la révolution démocratique ;

- la révolution sécuritaire ;

- la révolution agricole et foncière ou la révolution verte congolaise ;

- la révolution scientifique, technologique et industrielle.

Dans le cadre d’un vrai Pacte Social National (PSN) et d’un Pacte Foncier et Ecologique National (PFEN), cette révolution globale permettra donc au Congolais de redevenir un « Muntu », c'est-à- dire : - Un être humain digne, respectable et respecté ;

- un être humain protégé et protecteur ;

- un être humain rêveur et créateur – le Congolais doit savoir rêver l’irréel et transformer l’irréel en réel ;

- un être humain libre et responsable des libertés, des droits et des devoirs ;

- un être humain solidaire ou un humaniste.

Il est important de souligner que, dans ce contexte, la transition exceptionnelle sera une transition de 18 à 36 mois pour la mise en œuvre d’un Programme triennal d’urgence politique, sociale, sécuritaire, économique et environnementale.

Le travail se fera avec quels types d’hommes et de femmes ? Un des engagements de la transition exceptionnelle est l’engagement pour le renouvellement politique et la jeunesse. Il faut impérativement l’émergence d’une nouvelle classe politique. La génération des ouvriers et fonctionnaires politiques qui s’accrochent inutilement au pouvoir doit être remplacée par la génération des visionnaires et des missionnaires politiques. Dans cette nouvelle génération des visionnaires et missionnaires politiques, il faudra donner une place importante aux jeunes et aux femmes. Nous devons bâtir une société juste d’hommes et de femmes égaux en droits et en devoirs.

9. Réveil FM International: La petite française disparue, la France met  les moyens colossaux  pour la retrouver. En RDC, 200 sinistres de Tara en Ituri ont attendu 13 jours pour que le ministre de l'Intérieur s'y rende avec des cartons de Mpiodi pour des gens qui n'ont plus des toits et ont tout perdu, n'est-ce pas cynique ?

Armand Mavinga: Cette situation n’est pas étonnante, Mr Freddy Mulongo. C’est une des conséquences de la grave crise dans laquelle se trouve notre pays. L’Etat est sans cesse affaibli et n’est plus capable d’assumer, comme il se doit, ses fonctions régaliennes de la protection des personnes et des biens. La force d’un Etat est de savoir anticiper, sinon de trouver les moyens de réagir vite quand il y a des calamités naturelles. Il nous faut une réforme herculéenne de l’armée et des services de sécurité. Nous devons monter un grand service de protection civile de nos concitoyens. Je salue ici la mémoire du distingué Jean Kalama Ilunga qui avait initié un grand projet de protection civile. Un des engagements forts est de veiller à la sacralité de la vie humaine. Dans le cadre du service civique qui deviendra obligatoire pour les jeunes, ils devront être formés aux différents services de secourisme et de protection de la nation.

Le pouvoir en place a rendu l’Etat dans un état de pauvreté et d’incapacité incroyable. Il faut l’émergence d’un nouvel Etat congolais capable de se projeter sans cesse vers l’avant. Un élan exceptionnel de solidarité nationale sera créé.

 

10. Réveil FM International: Y a-t- il une espérance pour le peuple congolais avec des massacres, viols, vols, pillages, qui n'en finissent pas. Qu'a-fait le peuple congolais pour subir autant des sorts ? Et pourtant dans chaque rue de Kinshasa, il y a trois à cinq églisettes où l'on prie ?  Armand Mavinga: Il y a une espérance pour le Peuple Congolais, sinon nous ne serons pas là debout pour relever les différents défis. Le développement se fait aussi en répondant aux différents défis humains et naturels. La situation est très grave. Un des engagements de la transition exceptionnelle vise à ce que notre pays développe une tradition élevée des droits de l’homme et de la liberté de la presse.

Nous devons bâtir un véritable Etat de droit qui doit sortir définitivement des barbaries que vous évoquez : massacres, viols, pillages et toutes autres formes d’atteinte aux droits de l’homme. La démocratie du Muntu est fondamentalement la démocratie de la sacralité de la vie humaine, car le Muntu est foncièrement un croyant qui croie en Dieu en tant que garant et distributeur de la justice. Le Peuple Congolais ne mérite pas tous ses mauvais sorts, d’où il doit se mettre totalement debout pour changer son destin. Personne ne le fera à sa place. Dieu nous des énergies afin que nous puissions les utiliser pour se libérer de la tyrannie. Dieu nous donne des armes pour combattre les forces des ténèbres et non pour nous compromettre avec elles.

Dieu nous donne des armes spirituelles pour que nous les utilisions et Dieu ne les utilisera pas à notre place. La transition exceptionnelle est aussi un engagement pour une vraie cohésion nationale dans le cadre d’un vrai Pacte Social National (PSN). L’Etat devra veiller à ce que les religions et les églises y afférentes ne soient pas au cœur de la démobilisation sociale et du désordre social.

Un travail d’harmonisation sera fait dans ce sens. L’Etat veillera à ce que les religions et les églises y afférentes soient toujours des véhicules de messages d’amour, de fraternité, d’espérance, de liberté, de solidarité et de tolérance. Il y a un besoin de trouver de nouvelles façons de concevoir, en raison et en pleine autonomie réciproque, le rôle des institutions religieuses dans l’élaboration démocratique du bien commun. Il faudra lutter contre l’obscurantisme, l’ignorance et le radicalisme pour que nous soyons capables d’anticiper sur le terrorisme qui nous menace tous.

Source : Realise le jeudi 7 septembre 2017 à 16:12 :: Radio Réveil FM International :: #6173 :: rss

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