COTE DIVOIRE /INTERVIEW Pulchérie-Edith Gbalet, Présidente du FORSCI. « Nous allons maintenant nous lancer dans une offensive diplomatique et plaider pour l’Assemblée constituante. »

PULCHERIE GBALET ,la dynamique Presidente du FORSCI toujours determinee pour la paix et la reconcilation vraies en CI

A LIRE EN INTEGRALITE LINTERVIEZ ACCORDEE A SOIR INFO 

Le 15 novembre 2017, le Forum des Organisations de la Société Civile Ivoirienne (FORSCI) a lancé un programme dénommé « zéro violence en 2020 ». La Présidente de cette faitière de la société civile, Pulchérie Gbalet, fait un éclairage sur les activités de cette ONG et les motivations de sa lutte pour la réconciliation en Côte d’Ivoire. Interview.

SOIR INFO : L’amnistie accordée à 800 prisonniers politiques de la crise postélectorale, ainsi qu’à plus d’une dizaine de milliers d’exilés Ivoiriens, principalement réfugiés au Ghana et ailleurs pour les mêmes raisons, renforce - t-il le sentiment que le Chef de l’Etat Alassane Ouattara a répondu favorablement aux préoccupations du FORSCI contenues dans le courrier que vous avez fait déposer à son bureau le 31 mai dernier ?

Non pas du tout. Non seulement, cette amnistie est restrictive, mais les mesures d’accompagnement ne sont pas satisfaisantes. Le FORSCI plaide et continuera de plaider pour une amnistie générale. Il y a encore des militaires, le Président Gbagbo et le Ministre Charles Blé Goudé en prison.

SOIR INFO: Que répondez-vous aux organisations des droits de l’homme qui pensent que l’amnistie consacre l’impunité ?

Je pense que ces ONG ne font pas une bonne lecture de la crise que nous vivons. Je ne cesserai de répéter que la justice n’a pas fait ses preuves jusque-là et elle n’est pas rassurante. Bien au contraire, nous assistons au harcèlement des présumés coupables d’un camp, pendant qu’on fait la promotion des coupables de l’autre camp.  Vous savez, la crise ivoirienne est très profonde et seuls les ivoiriens savent ce qui s’est réellement passé et ce qui est bon pour eux. Si on veut vraiment la paix et la réconciliation, on doit préférer une amnistie générale à une justice à la fois partiale et partisane qui ne fera qu’exacerber les tensions.

SOIR INFO : Pour vous l’amnistie générale suffirait-il à garantir la réconciliation ?

Bien sûr que non ! L’amnistie générale aura juste l’avantage de décrisper totalement l’atmosphère et de permettre l’ouverture d’échanges francs sur la réconciliation. Pour soigner un mal, il faut connaitre ses racines, et dans le cas de la crise ivoirienne, les causes sont nombreuses et épineuses.

SOIR INFO: Donc après l’amnistie générale, que proposez-vous ?

Avant de répondre à cette question, je voudrais préciser que l’amnistie générale s’inscrivant dans le cadre global de la réconciliation, il est important que la prise de cette loi contienne des mesures significatives d’accompagnement. C’est pour cela qu’au lieu de travailler sur une simple loi d’amnistie, le FORSCI a plutôt proposé une loi sur la « réconciliation » qui comporte un volet important quant aux réparations des préjudices.

Donc, pour revenir à votre question, l’amnistie étant une composante de la réconciliation, le FORSCI, suite à ses consultations populaires et aux résultats de l’atelier de validation de l’avant-projet de loi sur la réconciliation, propose au nom du peuple, de vider tous les contentieux, de repenser la république et de travailler à la pacification réelle du pays, avant d’organiser l’élection présidentielle.

SOIR INFO: Dans quel cadre ?

Dans le cadre d’une Assemblée constituante, qui prendra en main tous les problèmes cruciaux pendants et proposera une nouvelle constitution consensuelle sur cette base. C’est seulement après cela, qu’on devrait organiser la présidentielle. Le contexte actuel n’est pas propice à une élection normale, mais plutôt à une autre crise postélectorale, étant entendu que les nombreuses divisions entre les politiciens n’augurent rien de bon.

Par ailleurs, plusieurs décennies de crise ont profondément divisé le pays. Il y a des questions cruciales qui nécessitent un nouveau consensus national. Aucun gouvernement partisan, même élu à 98 % ne pourra les régler.  

 

SOIR INFO: Peut-on avoir une idée de ces problèmes cruciaux et comment comptez-vous faire passer cette solution ?

Ces problèmes, nous les connaissons tous, notamment les conflits fonciers, le problème des apatrides, le problème de l’état civil, le rattrapage ethnique, les déguerpissements intempestifs de populations sans mesures d’accompagnement appropriées, la grande insécurité, une commission électorale indépendante qui fait polémique, et bien d’autres. Et tout ça, dans un contexte où il n’existe pas de dialogue constructif entre les politiciens et où tous les principaux partis politiques connaissent des divisions. Comment peut-on penser à des élections dans un tel contexte si on veut vraiment garantir la paix et la réconciliation ?

Par rapport au rattrapage par exemple, cette politique pernicieuse rend finalement fragiles les populations du nord qui semblent en profiter. Elle les expose aux regards suspicieux des autres groupes ethniques. Le nouveau consensus devrait permettre de libérer les populations de cet antagonisme vicieux. Il y a également la question des étrangers qui vivent avec nous depuis plusieurs années, dans une situation de précarité juridique qui les rend sensibles à tous chants des sirènes. Il faut un consensus national pour leur intégration, en tout cas pour ceux qui le désirent de façon définitive, dans le tissu national.

Il y a la question de l’armée. Notre armée souffre de cohésion nationale. Cela s’est aggravé ces dernières années. Il faut un nouveau consensus national. Il y a beaucoup de chantiers à finaliser avant de penser à une élection présidentielle. Les populations ivoiriennes en sont conscientes.

Pour la solution, en tant qu’organisation de la société civile, nous n’avons pas d’autres moyens de persuasion que le plaidoyer auprès des décideurs et de la communauté internationale. Nous allons nous y atteler dès la semaine prochaine. Nous allons également poursuivre la sensibilisation du peuple.

SOIR INFO: Vous avez organisé un atelier de validation d’un avant-projet de loi sur la réconciliation le samedi 11 août 2018. Quelle en est l’opportunité et pensez-vous qu’il sera bien reçu par l’Assemblée nationale ?

Nous faisons notre devoir qui est de remonter la volonté du peuple aux décideurs. Ne dit-on pas « vox populi, vox dei » ? C’est pour cela que nous avons organisé la validation du document. En principe après l’ordonnance, le Président de la République devrait, selon l’article 106 de la Constitution en vigueur, proposer une loi à l’Assemblée nationale. Nous pensons que notre proposition, si elle n’est pas intégralement acceptée devrait éclairer les parlementaires dans l’analyse de la question.

SOIR INFO: Quel est l’agenda du Forum des organisations de la société civile de Côte d’Ivoire, après cet atelier ?

Nous allons maintenant nous lancer dans une offensive diplomatique et plaider pour l’Assemblée constituante. Nous poursuivrons également nos activités de consultations et de sensibilisation des populations sur la réconciliation.

Q9 : Outre le président du PDCI RDA, Henri Konan Bédié, qui a reçu une délégation du FORSCI le 25 juillet 2018 à Daoukro, quels sont les rapports de votre organisation avec la classe politique nationale ?

Nous n’avons pas de rapports particuliers avec la classe politique nationale. Néanmoins, nous irons vers les uns et les autres selon les nécessités. Nous sommes allés voir le Président Bédié pour lui présenter notre avant-projet de loi et lui demander de s’impliquer dans la réconciliation, en sa qualité de doyen des politiciens.

SOIR INFO : Qu’attendez-vous de la Communauté internationale, principalement de la France et des Etats-Unis d’Amérique, dans la perspective d’un scrutin présidentiel apaisé en Côte d’Ivoire en 2020 ?

Nous attendons de la communauté internationale qu’elle comprenne nos motivations et qu’elle nous aide à faire comprendre à la classe politique qu’il n’est pas opportun d’organiser des élections, avant d’avoir réglé définitivement certains problèmes à la base de la crise ivoirienne.

Il nous faut absolument éviter aux ivoiriens une nouvelle guerre, en prenant nos problèmes à bras le corps et sans faux fuyant, pour travailler réellement à la paix. Et cela ne peut se faire que dans le cadre d’une Assemblée constituante.

FIN

 

Interview de Soir Info 

#Afrikanewsgroup

#Rezopanacom