FRANCE :Les étudiants africains, laissés-pour-compte de la nouvelle stratégie universitaire françaisePar Maryline Baumard/

LES ETUDIANTS AFRICAINS DE FRANCE SOUS LA MENACE DE MACRON LE PDT DES RICHES

Publie le 21 novembre 2018 a 1h21

Le gouvernement veut augmenter les frais d’inscription pour les étrangers et attirer davantage d’élèves issus des pays émergents non africains.

 

 

 

Place aux étudiants choisis… Baptisé « Stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux », le plan qu’a dévoilé le premier ministre français, Edouard Philippe, dans le cadre des Rencontres universitaires de la francophonie, lundi 19 novembre, vise à augmenter le nombre d’étudiants étrangers en France… ou plutôt de certains étudiants.

Quatrième pays d’accueil avec plus de 324 000 étudiants étrangers (dont 245 000 préparent un diplôme), la France serait en « risque de décrochage » dans la bataille des cerveaux qui se joue beaucoup sur la séduction des meilleurs étudiants. Raison pour laquelle il fallait lancer une campagne de sensibilisation aux charmes de l’Hexagone, baptisée « Choose France ». C’est la première campagne de ce genre sous Emmanuel Macron, mais la guerre des talents, elle, est récurrente depuis une vingtaine d’années.

 

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La logique est toujours la même. L’accueil d’étudiants internationaux est vu comme un élément du soft power d’un pays, un moyen de promouvoir ses valeurs et son économie en accroissant son rayonnement. Les étudiants en mobilité rapporteraient 4,5 milliards d’euros (pour un coût de 3 milliards d’euros) et seraient ensuite des ambassadeurs de la France.

« Etudiants indiens, russes, chinois »

Reste que les propositions annoncées par le premier ministre semblent surtout avoir vocation à faire le ménage dans le groupe de ceux qui viennent traditionnellement et qu’on accueille davantage en sciences humaines que dans les disciplines scientifiques à haut potentiel. Déjà, le discours sur la langue française et la francophonie prononcé par Emmanuel Macron à l’Institut de France, le 20 mars, donnait quelques indices. Il précisait que « la France devra accroître le nombre d’étudiants étrangers sur son territoire et le nombre de ceux qui viennent des pays émergents doublera ». Et d’ajouter, s’il fallait être plus clair : « Etudiants indiens, russes, chinois seront plus nombreux et devront l’être. »

L’Afrique, elle, n’est pas citée. Ce continent est pourtant le plus présent dans les universités françaises. Selon Campus France, six pays africains sont dans la liste des dix qui envoient le plus d’étudiants en France (Maroc, Algérie, Tunisie, Sénégal, Côte d’Ivoire et Cameroun). Plus globalement, 45 % des étudiants étrangers présents en France sont originaires du continent. Difficile de parier qu’il en sera de même, demain, avec l’augmentation des frais d’inscription qui se prépare.

 

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Comme l’a annoncé le premier ministre, le droit d’étudier sera désormais fixé à 2 770 euros en licence (contre 170 euros aujourd’hui) et 3 770 euros en master et doctorat (contre 243 euros en master et 380 euros en doctorat jusqu’à présent). C’est toujours moins du tiers du coût réel de la formation, explique-t-on, mais c’est néanmoins assez dissuasif pour les moins fortunés. Même avec les 6 000 bourses d’établissement et l’augmentation du nombre de bourses d’Etat réservées aux étudiants étrangers, qui passeront de 7 000 à 15 000 et « concerneront prioritairement les étudiants en provenance du Maghreb et des pays d’Afrique », précise le détail du plan. En fait, seul un étudiant africain sur sept pourra y prétendre, puisque ces derniers sont plus de 150 000 à choisir la France.

Un campus franco-sénégalais

Ils pourraient donc ne pas tout à fait apprécier la campagne « Choose France ». En Afrique, elle sera prioritairement déployée vers les pays anglophones. Pas de mystère, puisqu’il est clairement annoncé que « la campagne de communication ciblera davantage les pays émergents (Chine, Inde, Vietnam, Indonésie) et les pays non francophones d’Afrique subsaharienne, ceux où la connaissance de la France reste lacunaire et le potentiel important ».

 

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Pour l’Afrique de l’Ouest, la parade est déjà prévue pour qu’ils restent faire leurs études sur le continent, même s’il ne sera pas simple pour l’Afrique subsaharienne d’accueillir les 3,5 millions d’étudiants supplémentaires qui voudront y étudier d’ici à 2025 (+ 72 %). Dans son discours du 20 mars, le président de la République avait en effet souhaité voir doubler le nombre d’étudiants bénéficiant de l’offre française de formation implantée à l’étranger. Il veut « offrir à la jeunesse de nos pays partenaires la possibilité de suivre des formations proposées par des établissements français sans avoir à quitter leur propre pays, à l’image du campus franco-sénégalais ou de l’Université franco-tunisienne pour l’Afrique et la Méditerranée ».

Edouard Philippe rappelle, lui, la nécessité de faire émerger et de soutenir les projets engageant les universités des 19 pays africains identifiés comme prioritaires : Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Ethiopie, Gambie, Guinée, Haïti, Liberia, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Centrafrique, République démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo.

Améliorer les procédures d’entrée

Pour ceux qui pourront encore survoler la Méditerranée, Edouard Philippe a promis une amélioration des procédures d’entrée, un des points noirs récurrents depuis la présidence Sarkozy. Les formules inventées pour faciliter l’entrée d’une pseudo-immigration choisie se heurtent en effet très souvent aux bons vouloirs des consulats locaux qui délivrent – ou non – les visas aux étudiants et varient même les types de visa octroyés d’un étudiant à un autre sans raison. Ce qui place les étudiants étrangers comme les responsables internationaux des écoles et universités dans des situations compliquées.

 

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Les étudiants devraient ensuite pouvoir bénéficier d’une carte de séjour pluriannuelle pour l’ensemble de la durée restante du cycle d’études engagé. Le premier ministre promet des guichets délocalisés dans les universités ou des guichets dédiés dans les préfectures, sur l’ensemble du territoire national, alors que les préfectures sont déjà exsangues et peinent à ouvrir certains guichets.

Enfin, à partir de mars 2019, les étrangers qui auront obtenu un diplôme de niveau master (bac + 5) en France et qui étaient retournés dans leurs pays d’origine pourront bénéficier d’un titre de séjour pour revenir en France et y chercher du travail. Il s’agit de favoriser les mobilités circulaires, conformément à l’engagement pris par le président de la République dans son discours prononcé à Ouagadougou en novembre 2017.

 

Les Débats du « Monde Afrique » : à Dakar, deux jours consacrés à la jeunesse ouest-africaine
 

A Dakar, les 22 et 23 novembre, la quatrième édition des Débats du Monde Afrique sera placée sous le signe de « l’éducation et la formation des jeunes en Afrique de l’Ouest »Consultez le programme et inscrivez-vous en cliquant ici.

 

Les débats et tables rondes qui ponctueront la première journée, au Grand Théâtre national de Dakar, porteront sur les apprentissages nécessaires au citoyen du XXIe siècle et sur les compétences qu’il doit développer pour traverser le siècle. Difficile aussi d’éluder les formations scientifiques, sans lesquelles les entreprises ne trouveront pas la main-d’œuvre nécessaire au développement des pays et qui se doivent d’être suffisamment attractives et ouvertes sur l’innovation pour séduire les générations nouvelles.

Au deuxième jour de l’événement, un focus particulier sera porté aux métiers du secteur de l’énergie, afin de comprendre quelles sont les formations d’avenir et les débouchés possibles. Les étudiants des universités sénégalaises seront les bienvenus au sein d’ateliers leur permettant de comprendre comment créer son propre emploi sur un continent où le salariat reste le maillon faible. Ce sujet sera discuté au sein de master class spécialement organisées à leur intention au sein des universités.

 

Maryline Baumard

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REACTIONS DIVERSES

Des étudiants étrangers aux gilets jaunes.

 

 Pour information et soutien éventuel


 
  

Bonjour, 

 

 Une pétition déjà en ligne contre l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiant.e.s étranger.e.s. Voici le lien : 

 

Billet invité à retrouver paginé ici:

Des étudiants étrangers aux gilets jaunes.

“Notre stratégie : opérer une forme de révolution pour que notre attractivité ne soit plus tant fondée sur la quasi-gratuité que sur un vrai choix, un vrai désir, celui de l’excellence. (…) Un étudiant étranger fortuné qui vient en France paye le même montant qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et payent des impôts en France depuis des années. C’est injuste.”

M Philippe, 20 novembre 2018.

 

Avec un art consommé du timing politique, puisqu’au milieu de la mobilisation des gilets jaunes, le premier ministre a annoncé une augmentation des droits de scolarité à destination des étudiants étrangers, espérant sans doute que personne n‘irait s’émouvoir du sort de ces derniers.

C’est pourtant un signal inquiétant, et à plusieurs titres.

D’abord par le caractère insultant d’un argumentaire [1] qui laisse entendre que le faible coût des diplômes français serait la seule motivation des étudiants qui souhaitent étudier en France (et quelle curieuse façon ce serait, si c’était leur seule motivation, de promouvoir le système universitaire français par une hausse de son coût !). Parce que nous sommes enseignants-chercheurs, nous recevons depuis ce matin des messages bouleversés et humiliés d’étudiants mexicains, chinois, turcs… qui ont eu la faiblesse de croire aux valeurs que notre pays prétend incarner et se voient soupçonnés d’être des profiteurs.

Inquiétant, ce signal l’est aussi parce qu’il ouvre la porte au déploiement en France de plusieurs étapes de la marchandisation internationale de l’enseignement supérieur: à partir du moment où l'on vend des études (nous avons pu en avoir l’expérience pour ceux d’entre nous qui ont enseigné comme professeurs invités dans des universités étrangères à 40.000 euros l’année), il devient bien difficile de ne pas donner ce diplôme qui a été en fait acheté.

Autre effet collatéral que l’on peut anticiper dans le cas de cette bascule : à qui viendra acheter des diplômes, il faudra bien sûr permettre de les acheter dans la monnaie linguistique internationale, l’anglais, alors que la régulation par la langue des études aboutissait dans son immense majorité à limiter les études en France à qui avait déjà fait l’effort de maitriser le français (pas toujours parfaitement soit, mais ce point là était améliorable)  ; un principe de régulation plus porteur d’une démarche intellectuelle que la sélection par l’argent.

On répondra, parfois de bonne foi, qu’il n'y a aucune raison que le contribuable français paie pour les études de jeunes chinois qui ne paient pas d’impôts en France [2].  Ce raisonnement est spécieux,  et à plusieurs titres. Il néglige évidement le bénéfice que pourrait retirer notre pays à continuer à promouvoir une langue pas si marginalisée que ça, et dont les échanges et le rayonnement international pourraient se soutenir. De plus  ce raisonnement pourra vite se retourner contre d’autres : pourquoi les taxes et impôts des plus modestes en France iraient-ils aussi abonder le financement des études des enfants des classes moyennes ? Ou de n’importe qui faisant des études quand soi-même l’on n’en fait pas ? Toute l’histoire de l’immigration montre qu’une innovation (en général répressive) en matière de politiques publiques appliquée aux étrangers ne s’est jamais arrêtée à ces derniers. Derrière la porte ouverte à l’augmentation des frais d’inscriptions pour les étrangers, et en dehors même de l’image singulièrement rabougrie qu’elle donne de notre pays et de son attractivité intellectuelle, c’est demain la perspective d’une augmentation des frais d’inscription pour tous qui se dessine. Et qui demain exclura, au premier chef, les enfants des gilets jaunes d’un enseignement supérieur en passe de leur tourner le dos, comme l’ont déjà fait tant d’autres services publics.

 

"Le vrai courage c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer."
 

Groupe Jean-Pierre Vernant.
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